"Quand j'ai commencé ma réflexion autour des mots et de leurs places dans ma vie, je me suis mise à penser à des phrases, des proverbes. J'ai revu ma grand-mère me répéter "pierre qui roule n'amasse pas mousse". On aurait dit qu'elle avait un proverbe pour tout et ces phrases lui donnait le pouvoir absolu d'avoir toujours raison. Souvent, je n'étais pas d'accord avec ces phrases, je vivais même de la colère. Certaines étaient absurdes comme "tu comprends vite mais il faut t'expliquer longtemps.." ou celles en créole, particulièrement reliées au drame de l'esclavage "chien marréi cé pour batte" (qui signifie "le chien est attaché pour se faire battre"). Ma mère, elle, répétait souvent qu'elle avait hâte qu'on s'en aille et qu'on lui "lâche les baskets". Mon père lui, m'avait dit à plusieurs reprises, "je n'ai jamais eu la fibre paternelle, je ne risque pas d'avoir la fibre grand-paternelle".
Des phrases comme ça, ça laisse des traces sur ceux et celles qui les reçoivent. Et bien sûr, j'ai longtemps cru qu'il était impossible de voyager et de gagner de l'argent en même temps. Voyage ou argent, il fallait choisir.
Puis j'ai détesté l'impact de certaines de ces formules sur ma perception de ma propre vie. Je me sentais coincée entre la loyauté à ma famille et mon besoin de me libérer du poids de ces mots qui pesaient lourdement sur mon présent.
Toute ma vie, j'avais cherché des réponses. On aurait dit que j'étais née avec un point d'interrogation dans la tête. Ce qui est finalement plutôt vrai, ma naissance reste pour moi un mystère mais je suis là, désirée ou pas, je suis vivante, merci maman de m'avoir transmis la vie.
Mes recherches généalogiques ont pour un temps étancher ma soif de comprendre. Très vite, mes explorations ont plafonnées. Puis, la psychogénéalogie m'a alors permis de prolonger mes recherches et permis de faire des liens.
Peu à peu, je prenais conscience des loyautés invisibles et des transmissions dans mon arbre, le fameux génosociogramme faisait son travail. Mais à chaque pallier de ma "quête", je me heurtais toujours immanquablement à un mur. Ma documentation s'épaississait mais ma soif était toujours là comme une addiction impossible à satisfaire. Pourquoi ? Les mots.
Les mots agissent comme des fantômes et parfois même comme des vampires. Les générations nous précédant les véhiculent et nous nous retrouvons hantés par la sensation que notre vie ne nous appartient pas. J'étais encore passée à un nouveau mur, sans m'en rendre compte. Comment dépasser les traces de ces mots sur ma vie et comment prendre enfin entièrement possession de ma vie ?
C'est à ce moment précis que j'ai découvert la Métagénéalogie de Alexandro Jodorovsky et Marianne Costa. Un de ces livres qu'on dévore, nourriture très riche, qui nourrit comme un triple cheese burger mais santé, avec de la viande bio et de la farine sans gluten ! Une réponse claire et des outils, de vrais outils, solides. On accède enfin à un niveau de conscience plus puissant. Et avec ce niveau, on reprend le pouvoir. Le pouvoir de résoudre enfin sa propre équation, l'équation de sa vie à travers celle de son arbre. Mon esprit de mathématicienne était aux anges et l'art n'était pas en reste puisque toute la partie esthétique et artistique de cette résolution passait par une créativité sans limites. Merveilleux. Une discipline qui réunit les deux, la créativité et la science.
Plongée dans la méta, j'en avais presque oublié la peinture ! J'étais tombée dans les noeuds, les triades, les centres et surtout j'avais fait quantités de liens avec le tarot. Épées, coupes, bâtons et deniers prenaient un sens complètement nouveau et en plus, cela m'aidait à comprendre cette insatisfaction constante qui m'avait toujours poussé à aller de question en question, sans jamais trouver de réponse satisfaisante. La science ne suffisait donc pas, il fallait aussi de l'art.
Alors, si vous commencez par faire l'inventaire des mots, phrases et proverbes qui vous viennent de votre famille, parents, grands-parents et arrière-grands parents, puis si vous essayez de comprendre le pourquoi de leurs mots, vous allez commencer à encore mieux comprendre vos véritables peurs à vous, vos obstacles et vos murs. C'est en comprenant les peurs et frustrations qui se cachent derrière les mots de votre famille, que vous allez commencer à les comprendre en tant que personnes distinctes de vous. Et en les comprenant, vous allez commencer à comprendre votre vie et à reconnaître les morceaux qui sont à vous et les morceaux qui ne sont pas à vous.
Qui sait, dans le processus, vous allez peut-être réussir à aimer vraiment ceux et celles qui les ont véhiculés. Certes, ils ont marqués votre vie peut-être très négativement, mais en acceptant de les comprendre, vous allez trouver le pouvoir de pardonner. Ce pardon donné librement contribuera à la guérison de votre arbre et aidera sensiblement vos descendants à s'épanouir loin de ces mots.
Alors, vive les mots, ils sont vos premiers indicateurs, vos premiers phares, plus ils sont douloureux, plus profonde est la connaissance cachée derrière.
Et dans la connaissance... il y a l'énergie, l'énergie vitale.
"When I started thinking about the words and around their spaces in my life, I thought of sentences, of proverbs. I remembered my grandmother repeating "a rolling stone gathers no moss". She had a proverb for everything and these sentences gave her the power, the power to always feel right. Often, I did not agree with these sentences, I lived even in anger. Some were absurd as " you understand fast but it is necessary to explain to you for a long time " or those in creole, particularly connected with the slavery " chien marréi sé pour batte" (which means " the dog is attached in order to be beaten "). My mother, her, often repeated that she waited after us to go away and that we " release her baskets " and my father kept telling me, " I have never had the paternal fiber, I won't have the great - paternal fiber ".
Sentences like that leaves tracks on those who receive them. And of course, I believed for a long time that it was impossible to travel and to earn money at the same time. Trip or money, I had to choose. Also I hated the impact of some of these formulae on my perception of my own life. I felt stuck between the loyalty to my family and my need to free myself from the weight of these words that were far too heavy on my present time.
All my life, I had looked for answers. It seems that I was born with a question mark in the head. Which is rather true, my birth remains for me a mystery but I am there, desired or not, I am alive, thank you mom for having transmitted life to me (I'm not talking about giving birth but really transmitting it). My genealogical researches have for a while managed to seal my thirst. But soon my explorations reached a ceiling. Then psychogenealogy allowed me to extend my research and helped to make connections.
Little by little, I became aware of invisible loyalties and transmissions in my tree, the famous génosociogramme was working. But at each level of my "quest", a wall always appeared. My documentation thickened but my thirst was still there as an addiction impossible to satisfy. Why?
The words.
The words act as ghosts and sometimes even as vampires. The generations preceding us carry them and we find ourselves haunted by the sensation that our life does not belong to us. There was the new wall. How to overcome the weight of these words on my life and how to finally take full possession of my life?
This is when I discovered Métagénéalogie from Alexandro Jodorovsky and Marianne Costa. One of these books that we eat ferociously, very rich food, that feeds as a triple cheese burger but an healthy one, with some organic meat and some flour without gluten!
Clear answers and tools, real tools, solids help to reach a powerful level of consciousness. And with this level, we have our power back. The power to solve our own equation, the equation of our life as well as the equation of our tree. My spirit of mathematician was in the seventh heaven and the art was not left because all the aesthetic and artistic part of this resolution was full of unlimited creativity. Wonderful. A discipline that combines both, science and arts.
Diving into meta, I had almost forgotten painting! I had fallen in knots, sets of three, centers and especially I made amounts of links with the tarot. Swords, cups, wands and pentacles took a completely new meaning and helped me to understand this constant leap from question to question. The logic was not enough, the rational needed the arts. Then, if you can list sentences and proverbs that come from your family, parents, grandparents and ancestors, if you try to understand the reason behind their words, you will understand better your real fear. By understanding the fears and frustrations that lie behind the words of your family, you will begin to understand them as individuals separate from you. You will be ready to understand your life and to recognize the pieces that are yours and pieces that are not yours.
Who knows, in the process, you will perhaps managed to really love these persons for what they have given you through these words. Certainly they have filled your life with shadows , but by accepting to understand their concerns, you will find the power to forgive. This forgiveness freely given will help your tree to heal and your descendants to shine and bloom far away from these words.
So, long live the words until they dies, they are your first and last indicators, your first lighthouses. The more painful they are, the deeper the knowledge behind.
And where there is knowledge ... there is energy, life energy.